Egogodanseur est une pièce sonore et lumineuse placée au centre de l’espace Artem qui articule toute l’exposition. Elle est composée de deux voix féminines ainsi que d’une musique électronique composée par Emmanuel Delpy. La première voix utilise et maîtrise les codes narratifs propres à la fiction littéraire. Cependant les récits qu’elle nous livre sont avortés, morcelés, absurdes ou désordonnés, autant d’altérations qui rendent le sens impossible. Il y est question de cygnes, de guerres, de pigeons de destruction massive et de vaisseau spatial en panne. La deuxième voix, plus sensible et créative, presque enfantine, fonctionne par association et scansion. Les passages entre ces deux voix s’opèrent par superposition mais aussi glissade, homophonies (etc.). À l’image des dessins de Valliccioni qui évoquent une trame serrée de traits, Egogodanseur tisse un double filet qui tantôt se juxtapose, tantôt s’entrecroise en un réseau toujours renouvelé et dont le sens ne cesse de nous échapper.
valliccioni

Le cygne est un élément récurrent du travail de Valliccioni, pour Overflow, il est présent tant dans les narrations de Egogodanseur que dans les dessins et le wall painting. Valliccioni joue bien sûr de l’homophonie entre signe et cygne (qu’elle orthographie volontiers « sygne Â» dans ses textes). Synonyme de beauté et de grâce, tout autant féminin que phallique (Léda et le cygne), le cygne est par excellence objet de représentation, ne serait-ce que par l’effet miroir qui l’accompagne immanquablement à la surface de l’eau. Valliccioni utilise le cygne comme une métaphore de la représentation elle-même. L’image du cygne devient ainsi l’objet d’un processus de transformations au sens propre du terme, particulièrement à l’œuvre dans les dessins : silhouettage, délinéation, écarts, reports, etc. Ici le dessin procède du trait court et ferme, mais jamais pour délimiter, cerner ou définir. Nomade et fantasque, le dessin chez Valliccioni tient de ce que les anglais appellent le ‘doodle’, ce gribouillage que l’on fait machinalement quand on passe un coup de téléphone. Expression de l’inconscient moderne, extension irrationnelle et vagabonde de nos technologies de communication, ce dessin ne s’inscrit pas dans un dessein (au sens de projet), mais traduit un processus mouvant en constante mutation. D’ailleurs le volatile est rebelle, insaisissable et Valliccioni n’essaie même pas de s’en emparer. Si bien qu’à la fin, de l’oiseau, il ne reste plus grand-chose. Tout comme un logiciel informatique en traitant une image la transforme, les dessins de Valliccioni sont des encodages organiques produisant des morphings graphiques improbables, des avatars aléatoires.

Au sein de l’exposition Overflow un grand dessin retient l’attention et résiste à l’interprétation. Difficilement assimilable aux travaux sur les cygnes (à moins qu’il ne reste plus que les plumes !), il est constitué d’une multitude de traits juxtaposés. Ces hachures donnent l’impression de former une masse dont la limite apparaîtrait au sommet du dessin. Qu’est-ce là devant nous ? Un dessin abstrait ? Les lignes nerveuses et serrées donnent la sensation d’une matière vivante et organique qui enflerait, gonflerait… et viendrait bientôt tout submerger et nous engloutir.

Texte de Renaud Bézy

france valliccioni
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